« J’ai un élève en questionnement de genre »

« Madame, je voudrais que l’on m’appelle par un autre prénom », « Je ne veux pas me changer dans les vestiaires avec les autres garçons », « je ne me définis ni comme une fille, ni comme une garçon, je préfère qu’on utilise iel ».

Si vous êtes professeur principal, ou professeur en collège ou lycée, vous avez peut être déjà été confronté à cette situation et ce n’est pas toujours simple de savoir comment la gérer. On en parle ensemble!

Que disent les textes ?

Le 17 mai 2023, l’éducation nationale a lancé le programme « Ici on peut être soi », une Campagne de prévention contre le rejet, les discriminations et la haine anti-LGBT+. A cette occasion, un guide d’accompagnement a été publié pour aider les équipes pédagogiques à lutter contre l’homophobie et la transphobie. Ce guide propose des pistes éducatives et pédagogiques pour faire vivre la campagne « Ici on peut être soi » tout au long de l’année en mobilisant un ensemble d’acteurs contre les LGBT+phobies en milieu scolaire.

En 2021, une circulaire était deja parue « Pour une meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire ». Que dit elle d’essentiel ?

# le droit fondamental au respect de la vie privée énoncé par l’article 9 du Code civil exclut toute révélation de la transidentité d’une personne sans son consentement

# Chaque situation est particulière, elles doivent faire l’objet d’une écoute attentive et bienveillante permettant de respecter le libre choix de l’élève en veillant à ne pas créer de situation irréversible qui serait en contradiction avec cette liberté

# 3 principes à respecter : Ecouter, Accompagner et Protéger

# Si l’élève fait seul la démarche d’aborder la question de son identité de genre auprès d’un personnel de l’établissement, une communication avec les représentants légaux ne doit se faire qu’avec l’accord explicite de l’élève. Le respect de ce principe de confidentialité est en effet capital : dans certains cas, une divulgation non souhaitée de la transidentité du jeune peut l’exposer à un sérieux risque de rejet ou de violence.

# Le changement de prénom: les mineurs peuvent, avec l’accord de leurs représentants légaux, demander un changement de prénom à l’état civil, mais l’utilisation d’un prénom d’usage est une étape nécessaire avant une modification éventuelle de l’état civil. La demande est faite avec l’accord des deux parents de l’élève mineur, il s’agit alors de veiller à ce que le prénom choisi soit utilisé par l’ensemble des membres de la communauté éducative, le respect de l’identité de genre d’un élève ne devant pas être laissé à la libre appréciation des adultes et des autres élèves.

# l’établissement, lorsque cela est possible, peut autoriser l’élève à accéder à des toilettes individuelles et à des espaces privés dans les vestiaires, il peut également autoriser l’élève à utiliser les toilettes et vestiaires conformes à son identité de genre, en veillant, quand l’élève concerné est identifié par ses pairs comme étant transgenre, à accompagner la situation ;

Comment accompagner l’élève?

Les elements que je propose ci-dessous ne sont que des conseils, ayez toujours à l’esprit que chaque situation est singulière et nécessite une écoute attentive et un traitement particulier.

Selon moi, la toute première chose à réaliser est de féliciter l’élève pour avoir oser vous parler. C’est souvent une étape très difficile pour eux, vous êtes peut-être, avant même ses parents ou ses amis, la première personne à qui l’élève ose se confier. Ensuite, pour ma part, j’essaie de rester dans une posture d’écoute et de respect en laissant l’élève s’exprimer et en laissant les temps de silence nécessaires. J’évite les « Pourquoi » et je privilégie les « Comment »: « comment veux-tu que je t’accompagne? », « comment vois-tu les prochains mois? », « As-tu besoin d’en parler à quelqu’un de plus qualifié que moi? », etc …

Ensuite, la partie délicate concerne la relation avec les représentants légaux. Sont-ils au courant ? Selon moi, c’est une question inévitable, car comme présenté ci-dessus, cela aura un impact sur l’accompagnement. Plusieurs cas de figures peuvent alors se présenter selon la réponse de l’élève:

Les représentants légaux (RL) sont au courant: je vous conseille de les appeler sans tarder pour discuter de la situation et de l’accompagnement à mettre en place. En amont, je vous conseille egalement de vous renseigner au sujet de ce que l’élève a déjà confié ou non à ses parents. L’élève vous a peut-être dit qu’il souhaitait changer de prénom, l’élève a peut-être émis le souhait d’entamer un parcours pour changer de sexe, quoi qu’il en soit, partez de votre discussion mais n’abordez que les sujets dont l’élève a déjà discuté avec ses parents.

Les RL ne sont pas au courant : Deux possibilités s’offrent à vous. Vous demandez à l’élève s’il souhaite que vous les mettiez au courant et si oui, vous devez vous mettre d’accord sur les éléments que vous aborderez avec eux. Je vous conseille de prendre rdv avec les RL en étant accompagné si besoin d’un autre personnel de l’établissement (CPE, assistant(e) sociale, référent(e) égalité,…) et de l’élève. Ce ne sont pas de sujets toujours faciles à aborder. Si l’élève ne souhaite pas mettre ses parents au courant, vous pouvez alors lui expliquer que des décisions tels qu’un changement de prénom ne seront pas possible sans leur consentement mais que vous l’accompagnerez selon ses choix. A ce stade, il est plus prudent de lui proposer de voir un autre personnel de l’établissement (CPE, assistant(e) sociale, référent(e) égalité, infirmièr(e)…) pour ne pas rester seul à gérer cette situation. Cela peut prendre du temps pour que l’élève ose se confier à d’autres personnes, vous pouvez lui conseiller d’en parler à ses amis très proches, l’objectif étant de ne pas porter seul ce poids (cela devient un poids si l’élève n’ose pas en parler). A partir de là, vous devrez être à l’écoute de l’élève et tenter de le convaincre d’en parler à ses parents car certaines décisions ne peuvent se prendre sans eux. Vous pouvez tentez de savoir quelles sont les craintes de l’élève par rapport à ses parents.

Comme vous l’avez constaté, ces conseils restent très généraux mais cela peut permettre de mieux réagir dans ces situations. Retenez de ne jamais prendre de décisions sans le consentement de l’élève au départ puis sans l’autorisation des RL ensuite.

Si en mettant la famille au courant, vous constatez un rejet en bloc, la seule chose à faire est de maintenir le dialogue ouvert. Cela peut prendre du temps mais j’essaie pour ma part d’échanger le plus possible sur les difficultés ou la situation.

Merci d’avoir lu jusqu’au bout, et N’hésitez pas à partager vos expériences et ajoutez vos conseils en commentaires.

Valériane

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